Un château isolé en plein Limousin peuplé de femmes (la
mère, la fille, la tante, la soubrette) et où les hommes ne sont présents qu’à
titre de fantômes, le mari et père mort à la guerre et le fidèle Gaston, lié à
la famille, qui n’est qu’un domestique, être fruste et instinctif. Les journées
passent dans une répétition tranquille. Marthe, la fille, qui s'occupe du haras
de la propriété, engage un écuyer pour lui venir en aide. Gaston va chercher
Georges Dormond à la gare et entre eux l’hostilité est immédiate. Et voilà, le
loup est entré dans la bergerie : le personnage se révèle au fur et à mesure
inquiétant, sorte de centaure auquel même les chevaux les plus indomptables ou
les plus rétifs se soumettent, homme opaque et pervers, violemment hostile aux
hommes, attentif et pourtant dépourvu de toute capacité à la sympathie,
amoureux de la beauté des femmes, mais pour les soumettre, mufle autant qu’on
peut l’être dans la vie sociale comme dans l’intimité. Cette lente et
inexorable prise de pouvoir s'exprime dans le roman par l’obscurité des
chambres, des couloirs, des sous-bois de Mont-Dragon où s’échauffent les
passions étouffées, sensualité, érotisme, obsessions, haines, remords, mais
Dormond se heurte à la fierté, à l’intelligence, à la beauté et à la bonté de
Marthe, écuyère talentueuse, quoique femme, et adversaire à sa mesure, la
première, la seule…
Jean Valère a réalisé en 1970 le film Mont-Dragon avec Jacques Brel, Catherine Rouvel, Catherine Prévost, Carole André en s'inspirant de ce roman mais avec une totale infidélité.
Rober Margerit (1910-1988) est surtout connu pour sa fresque romanesque en 4 volumes La Révolution, consacrée à la Révolution Française et pour L'île des Perroquets (le seul roman marin à lire depuis Conrad et Stevenson, Hubert Juin dixit).
Dilettante